Car l’Inde c’est aussi la foule énorme des grandes métropoles, la promiscuité, la saleté environnante, la pauvreté et la circulation anarchique et polluante. Tout cela exige une bonne dose d’acceptation et on ne peut se sentir bien en Inde que si l’on veut s’y immerger. L’immensité du pays, les parcours interminables en train, en bus, concourent à renforcer le sentiment que l’on est une minuscule fourmi dans une gigantesque fourmilière de plus d’un milliard d’habitants.
Pourtant, passée une période d’acclimatation, et même si l’on conserve quelques irritations quand les choses vont trop lentement ou pas comme on le voudrait, vient la découverte authentique où l’on constate rapidement que les indiens sont curieux des étrangers et qu’ils apprécient particulièrement que l’on s’intéresse à leur culture.
Pour cet article ainsi que pour les quelques suivants j’essaierai de vous donner un aperçu de certaines facettes de cette culture tellement différente de la notre.
Aujourd’hui, parlons des vaches et des castes.
Place à la vache !
Pour la petite histoire:
Au commencement des temps, les dieux et démons se réunirent et décidèrent d’un commun accord de baratter l’océan de Lait Primordial afin d’un extraire le Nectar d’Immortalité (Amrita) qui assurerait leur primauté divine. Comme baratte, ils choisirent le Mont Meru, demeure des dieux, et le posèrent sur le dos de Kûma, la tortue (le deuxième avatar de Vishnu). Ils demandèrent au grand serpent Vasuki d’être la corde de la baratte. Les dieux se groupèrent d’un côté de la corde, les démons de l’autre, et ils commencèrent le barattage. Des merveilles apparurent alors dans l’océan de lait, dont le fameux nectar d’immortalité dont les dieux s’emparèrent après une lutte féroce contre les démons. Parmi les autres merveilles, sortit de l’océan une vache miraculeuse dont le corps contenait tout les dieux. C’était Kamadhenu, la vache céleste, dont les pis généreux fournissaient du lait en abondance à toute l’humanité… tout un programme…
Il est d’ailleurs toujours surprenant de voir, dans les villes indiennes, les vaches déambuler librement. En réalité, ce ne sont pas des vaches errantes, chacune appartient en fait à une famille, et le soir, elles rentrent au domicile ou si ce n’est pas possible, restent groupées dans un angle de rue. Elles jouent aussi le rôle de nettoyeuses de rue en débarrassant les marchés des débris végétaux et contribuent ainsi au nettoyage des villes. Une vache n’est jamais maltraitée, même si elle bloque la circulation, et ces animaux placides ne s’énervent jamais, même au milieu des klaxons et de la circulation la plus démentielle.
Vous avez dit castes ?.
Le terme caste vient du portugais casta, ou catégorie pure, non mélangée, qui fut introduit en Inde au 16ème siècle. Il est ambigu et bien que largement employé, il ne reflète pas l’origine et le développement de cette organisation de la société. On lui préfère le terme varna, qui signifie couleur et englobe les quatre grands groupes sociaux originels : les Brahmanes (les prêtres), les Kshatriya (les guerriers), les Vaishya (les commerçants) et les Sudra (les artisans).
Dans la conception traditionnelle, l’appartenance d’un homme à une varna donnée dépend de sa naissance : un fils de Brahmane naît Brahmane. Cette appartenance est intangible pour la durée de cette vie. S’il est né dans une basse caste, il ne pourra améliorer son statut qu’au cours d’une incarnation ultérieure par l’effet de bons karma accumulés au cours de la présente vie.
Au fil des siècles, cette organisation s’est complexifiée. A la notion de varna s’est surimposée celle de jâti ou groupement socioprofessionnel spécifique. Dans la société traditionnelle, le fils reprenait souvent le métier du père, mais la société indienne est ainsi faite que chaque jâti a voulu se différencier des autres par un ensemble de règles comportementales particulières : c’est le dharma de la jâti. Parmi ces règles, celles qui portent sur la pureté rituelle des habitudes quotidiennes, alimentaires entre autres, sont très contraignantes. Les règles qui gouvernent les jâti évoluent progressivement, mais toujours dans le sens d’exigences accrues, d’exclusions variées qui ont pour but de rehausser le statut de la jâti en question. Il faut en effet savoir que plus une catégorie est haut placée dans la hiérarchie sociale, plus elle se doit de suivre des règles de vie exigeantes.
Les jâti sont très nombreuses, plus de 4300 et il est pour nous, occidentaux, quasiment impossible de discerner les nuances et habitudes quotidiennes de l’une ou l’autre de ces catégories sociales.
Au cours des siècles, s’est également développé le phénomène de l’intouchabilité au point d’atteindre un pourcentage significatif de la société, car l’intouchabilité, comme d’ailleurs l’appartenance à n’importe quelle caste, est une donnée héréditaire. Il nous parait stupéfiant que la grave erreur d’un père (comme le meurtre d’un Brahmane ou d’une vache) l’ayant amené à devenir intouchable soit transmise à toute sa descendance, mais il en est ainsi dans la société hindoue où la notion de kharma collectif prime sur tout autre analyse. C’est la croyance en la pluralité des vies qui, seule, permet de changer de statut.
Les discriminations liées à l’intouchabilité ou à l’appartenance à quelque caste que ce soit ont été abolies par la constitution de l’Inde indépendante dès 1950. Mais force est de constater que l’ostracisme social dont les Intouchables sont frappés n’a que partiellement évolué. Les Intouchables, qui se désignent eux-mêmes sous le nom de Dalits (opprimés) sont encore l’objet de persécutions et de mauvais traitements. L’action du gouvernement tente de corriger les inégalités sociales qui les frappent par une politique de discrimination positive qui réserve aux Intouchables des quotas d’emplois dans la fonction publique.
Intouchable ne signifie pas forcément pauvre et exclu, de nombreux hommes d’affaires, des médecins et avocats réputés, des politiciens influents, ont émergé de la masse des Intouchables et militent souvent en faveur de leurs droits. Mais pour la majorité et malgré cette situation de rejet social et de pauvreté, il n'y a aucun mouvement de révolte contre le système des castes puisque celui-ci résulte d’un ordre naturel des choses. On observe même que les intouchables créent entres eux des catégories qui se comportent entres elles comme des castes. Il existe donc des Intouchables plus Intouchables que les autres ! ceci montre bien la solidité du système..
3 commentaires:
Stef, tes articles sont fantastiques, ils font rever tout en nous forcant a garder les pieds bien sur terre!
Depuis ton premier commentaire je consultais ton site presque quotidiennement dans l'attente de ta prochaine communication qui m'a rejouie.
Continue a nous ouvrir les portes de ton monde, c'est gai et ca fait plaisir de te sentir bien, ennerve et anime!
Bonne semaine :-)
J'aime beaucoup la description d'une vache; 'animal qui rumine bêtement en vous regardant de ses yeux ternes'...excellent ! :D
Cool en tout cas de nous faire découvrir l'Inde, sa culture, ses traditions !
Biz
et pourquoi cette vache aux cornes rouge et bleue? La bleu-blanc-...rouge locale? C'est le 14 juillet aujourd'hui, je ne pouvais éviter cette remarque d'actualité... mais j'aimerais quand même une explication intelligente!!! Bisous, à bientôt sur msn?
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