Cette fois, ça y est : j’ai rempilé pour une année supplémentaire en Inde. Peut-être trois.Folie! dirons certains, mais les folies ne sont elles pas les seules choses qu’on ne regrette jamais?
L’Inde est plus que jamais ce pays fou, rempli de mystère, d’exubérance et de démesure. Chaque jour amène son lot d’émerveillements.
J’adore me réveiller chaque matin sous les rayons du soleil déjà brûlant, étudier les variations du ronronnement lancinant du ventilateur, écouter s’agiter les femmes au passage de quelque marchant ambulant et profiter de cinq minutes à m’imaginer ce que la journée va me réserver, toujours avec l’envie de jouer de mon mieux avec les cartes qui m’ont été distribuées. Je réalise ma chance de pouvoir à chaque matin vivre l’aventure et l’excitation d’un jour nouveau, loin des sentiers balisés par notre société occidentale.
Comme avant, mes rêves naissent et meurent à une cadence infernale; pourtant ici, j’ai l’impression qu’ils peuvent se réaliser.
J’entame une thèse de doctorat en écologie. Il s’agit de modéliser la distribution d’espèces d’arbres endémiques dans les Ghâts Occidentaux (la chaîne de montagnes du sud de l’Inde). Cette recherche servira notamment à mieux délimiter les zones protégées et donc à mieux préserver la biodiversité très riche de cette région du sous-continent indien.
Je me suis également lancé dans une aventure plus gastronomique puisque nous ouvrirons dans quelques mois, avec des partenaires indiens et français, un restaurant de cuisine française à Bangalore. Je dois bien admettre que c’est un pari un peu risqué mais il se pourrait bien que le succès soit au rendez-vous, en tout cas, nous avons tous l’énergie pour le cueillir.
Malgré ces nouveaux défis palpitants qui occupent une bonne partie de mes pensées, la réalité de la distance avec les repères familiaux et amicaux est parfois dure. Pourtant, ces moments un peu plus difficiles finissent toujours par laisser place à la joie de pouvoir poursuivre cette aventure, et souvent je me dis que s’éloigner de ce que l’on connaît rapproche un peu de l’essentiel de ce que l’on est.
Les week-end, j’essaie de m’éloigner de Pondicherry pour essayer de me plonger dans la culture et les racines de ce pays. C’est incroyable de voir à quel point l’histoire extrêmement complexe et tourmentée de l’Inde a fait évoluer les gens d’ici dans des directions diamétralement opposées aux nôtres. Ce sont ces différences qu’il faut apprendre à regarder et à respecter pour comprendre l’immensité et la beauté de ce pays.
Il y a deux semaines, je suis parti à une centaine de kilomètres de Pondicherry, à Tiruvannamalai, une petite ville très importante pour les hindous. Le principal intérêt de cette ville est son immense temple dédié à Shiva, où le temps semble s’être arrêté. Il y a aussi cette petite montagne sacrée et isolée aux abords de la ville où se réunissent des centaines de milliers de pèlerins les soirs de pleine lune et qui permet, en la grimpant, de jouir d’une vue magnifique sur la ville et son temple. Un peu plus loin, une autre petite ville, Gingee, connue pour ses forts et ses temples en ruine perchés aux sommets de collines de granit. L’ambiance y est très spéciale et l’on se prend à jouer à Indiana Jones en sillonnant ces vieux temples de pierres parsemés de colonnes taillées aux effigies de divinités hindoues.
Dans un tout autre registre, le week-end dernier, je suis allé à Bangalore, la mégapole hi-tech de l’Inde. Là, tout est en contraste, on passe d’une rue où poussent des grattes-ciels ultra-modernes, des centres commerciaux impressionnants et des bars délirants, à une rue typiquement indienne avec ses vaches, ses marchés colorés et le chaos ambiant.
C’est pour moi la ville symbole de cette Inde en pleine transformation où se mélange une volonté de développement effréné et d’ouverture vers l’occident avec des traditions complexes, millénaires et immuables.