vendredi 6 juillet 2007

Shanti shanti

Après tout, pourquoi pas un petit article un peu plus léger. De toutes façons j’ai du mal à travailler aujourd’hui.

Hier c’était jeudi et comme c’était jeudi, il fallait aller boire un verre.
Aujourd’hui c’est vendredi et j’ai mal à la tête, cette bière, la King Fisher, c’est une horreur. D’ailleurs, c’est fini, je n’en boirai plus.

Ce matin, je me suis réveillé trempé d’une nuit sans ventilateur due à une coupure d’électricité prolongée. Heureusement, la citerne d’eau sur le toit avait été remplie la veille et j’ai donc eu droit à une douche froide salvatrice. Un réveil efficace, certes, mais qui ne dure que jusqu’au moment où l’on met le nez dehors car le soleil lui n’attend pas huit heures pour commencer sa journée.

A peu près réveillé, je grimpe sur ma moto en ayant préalablement gratté les déjections corvidiennes cuites sur le siège de l’engin, tout en rêvant de mon café, de mon massala dosaï (sorte de crêpe fourrée aux patates et aux oignons, très efficace le matin..) et de mon jus de citron à l’eau.
Mais Titine, la moto, avait elle aussi décidé que je passerais une journée difficile et refusa de démarrer. J’ai pourtant essayé de lui parler gentiment, de lui expliquer qu’aujourd’hui je n’avais ni le cœur, ni la tête, ni l’estomac prêts à subir une promenade à vélo en plein cagnard et dans le trafic délirant du matin. Rien n’y fît, elle s’obstina. Alors, je me suis mis à chercher de l’aide auprès des passants, ce qui donna en anglais indien

- Sir, helping starting bike possible?

Un petit hochement de la tête comme il faut et très vite une bonne dizaine de petits tamouls, déjà bien réveillés, tournèrent et s’agitèrent autour de la moto, chacun essayant de la démarrer à tour de rôle. Le premier, reconnaissant son incapacité à la démarrer dit de manière confiante

- Battery ilé !

(pas de batterie), hypothèse très vite démentie par un petit coup de klaxon du second déjà installé sur la moto. Après une demi-heure et cinq tamouls s’étant acharnés sur la pauvre Titine, je me décide finalement à appeler le garagiste

- Hello Sir, bike not working, coming possible?

- Ok Sir, ten minutes coming.

Dix minutes? en Inde, les minutes ne sont pas les même que chez nous. Dix minutes indiennes correspondent à peu près à quarante trois minutes sous nos latitudes. Je rétorque donc

- Now coming, not possible?

A quoi il me répond

- Ok ok Sir, coming coming

Une heure plus tard, après trois tchaï et une petite sieste matinale sur la moto, voilà le petit garagiste qui débarque en affichant un grand sourire et en criant de loin

- Hello Sir, bike not working? What problem?

Là, il faut prendre une bonne dose d’acceptation, forcer sur les zygomatiques, démarrer le petit hochement de la tête et se dire qu’on est en Inde et que c’est normal. Ils ne sont jamais stressés les indiens.

Le petit bonhomme s’approche alors de la moto, s’accroupi, remets le petit capuchon noir au-dessus de la bougie et démarre Titine.

Et c’est dans ce genre de moment là que tout est dans le contrôle de ses nerfs, compétence indispensable pour survivre en Inde. J’étais partagé entre la honte de ne pas avoir vu le petit capuchon noir sortit de son logement, le soulagement de savoir que j’allais bientôt avoir mon café, mon masala dosaï et mon jus de citron à l’eau, l’envie d’empoigner le garagiste pour son heure de retard et la reconnaissance envers le même garagiste d’avoir résolu le problème.

Bref, je tendis dix roupies au petit garagiste en souriant et en entamant un petit hochement de tête et m’en allai prendre mon petit-déjeuner.

Après tout, la journée commençait bien.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

excellent, ces détails de la vie quotidienne...on s'y croirait :) !

Super steph :)

Anonyme a dit…

Ola compañero,

Suis toujours aussi content d'avoir de tes nouvelles. N'hésite pas à prendre ton vélo la prochaine fois, ça servira d'entrainement pour Pekin. (Moi je suis chaud boulette entrainé y compris pour la réparation de chambre à air:)) ).
A très bientôt

Steph a dit…

Ta plume se révèle au fur et à mesure des tes articles et le plaisir que j'ai à les lire va croissant (de lune, pas de soleil en Belgique)! Me réjouis de la suite et de ta visite en octobre.

Steph a dit…
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